BELLEFLEUR JEAN-BAPTISTE MANEK

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Hommage à Shapatesh Bellefleur

Shapatesh Manek a habité Uanamen shipu et est décédé en 2024

Entrevues….

Entrevue Jean-Baptiste Bellefleur et Evelyne St-Onge, 2005 vidéo

Transcription

Je suis natif de Unamen-Shipu et j’ai 65 ans. 

Evelyne: Comment t’appelle-tu et combien êtes vous dans ta famille?

J-Baptiste: Je m’appelle Jean-Baptiste et ma famille est à Unamen-Shipu.

0:32 Evelyne: Comment as-tu été élevé?

J-Baptiste: J’ai été élevé dans la forêt, on m’a toujours amené en forêt depuis mon jeune âge. Nous n’habitions jamais dans le village, nous étions toujours en forêt.

0:53 Tu as été pendant de longues durées?

J-Baptiste: oui, pendant très longtemps, jusqu’à l’âge de majorité. C’était rendu que je restais seul dans la foret. 

1:07 Evelyne: Comment s’appelait ce territoire?

J-Baptiste: Nous étions un peu partout dans la forêt. Nous nous rendions vers le sud jusqu’à la rivière (Uananem-shipu). Nous montions la rivière jusqu’à proche de Sheshatshit, c’est de cet endroit que nous faisions demi-tour. Au retour nous nous arrêtions à (Peshakamishkaut) pour y rester. 

1:37 Evelyne: As-tu retourné à cet endroit depuis que tu es marié? Tu t’es marié?

J-Baptiste: Oui je me suis marié, mais seulement à l’âge de 22 ans. 

1:54 Evelyne: Tu as amené tes enfants en forêt ?

J-Baptiste: Non ! Lorsque je me suis marié, les gens n’allaient plus en forêt. Seuls les hommes y allaient ! Les femmes restaient (au large).

Evelyne: C’est encore pareil à ce jour?

J-Baptiste: Oui, c’est encore pareil, seuls les hommes partent en forêt.

Evelyne: Est-ce qu’ils partent pour de longues durées?

J-Baptiste: Non, certains partent pour trois mois, deux mois et certains pour trois semaines.

Evelyne: C’est différent, cela a beaucoup changé !

J-Baptiste: Oui, aujourd’hui les choses ont beaucoup changées. Dans le passé, nous allions en forêt pour une durée de trois ou quatre mois. Nous restions en forêt pour la fête de Noël. Nous avons passé environs cinq Noël d’affilés avant mon mariage. Nous y demeurions aussi pour la fête du Jour de l’an.

3:13 Evelyne: Tu devais surement te rendre à Sheshatshiu (Goose Bay)

J-Baptiste: Non je n’ai jamais été à Sheshatshiu et je n’ai jamais vu la place.

3:22 Evelyne: Vous ne faisiez pas beaucoup de marche en forêt?

J-Baptise: Nous marchions beaucoup lors de nos sorties en forêt. Il n’y avait pas d’avion. Nous devions apporter toutes nos affaires, notre farine sur nos canots. 

3:44: Evelyne: Tu es né en forêt?

J-Baptiste: Oui en effet, je suis né en forêt, quelque part à l’Est mais je ne connais pas le nom.

4:02 Evelyne: Est-ce que l’ancien temps te manque. 

J-Baptise: Oui, ça me manque beaucoup lorsque j’y pense. Aujourd’hui nous vivons comme les allochtones dans nos communautés. 

Evelyne: Crois-tu que nous avons sauvegardés un peu notre culture? Que donnerais-tu aux jeunes?

J-Baptiste: Si les jeunes pouvaient seulement apprendre un peu de nos anciens modes de vies. Aujourd’hui ils sont paresseux. S’ils ne connaissent pas notre ancien mode de vie, ils vivront toujours de la manière des allochtones. 

4:52 Evelyne: Tes enfants eux?

J-Baptiste: Mes enfants n’ont pas le mode de vie des allochtones. Ils vivent dans la communauté et vont en forêt. 

5:15 Evelyne: Maintenant tu joue le tambour sacré, tu as rêvé du tambour?

J-Baptiste: Au début, je confectionnais des petits tambours. J’avais rêvé aux tambours 

avant d’essayer de confectionner les petits. 

5:42 Evelyne: Tu as confectionné des petits tambours?

J-Baptiste: Oui après en avoir rêvé, je me suis essayé. Après avoir réussi, c’est alors que j’en ai confectionné un vrai. J’ai rêvé deux fois à ce tambour.

Evelyne: À quoi ressemblait ton premier rêve?

J-Baptiste: Il n’y avait rien d’autre que le tambour lors de mon premier rêve. 

Evelyne: Et ton deuxième rêve?

J-Baptiste: J’ai seulement rêvé que j’avais mon tambour. C’était mon deuxième rêve. J’y ai également rêvé une troisième fois mais je ne pouvais pas chanter. 

Evelyne: Sur quoi était ce troisième rêve?

J-Baptiste: Seulement de la manière qu’il était fait, comment il se faisait confectionner. Je ne pouvais toujours pas le jouer, je n’avais pas encore le droit d’y jouer.

7:27 Evelyne: Quand as tu eu droit de le jouer?

  J-Baptiste: Je devais avoir 40 ou 50 ans lorsque j’ai encore rêvé du tambour. C’est alors que j’ai eu droit à tout, ainsi que de pouvoir chanter. Je devais chanter au sujet de mon rêve. 

Lorsque j’ai voulu chanter, je ne pouvais pas car j’étais seul et personne ne m’avait encore donné l’autorisation. Suite à mon dernier rêve, mes amis aînés m’ont donner l’autorisation de chanter. Ce sont trois ainés qui me voyaient chasser.

Mon grand-père Pien se tenait à ma droite, mon père derrière moi et mon oncle à ma gauche. Tous les trois étaient à mes côtés lors de mon premier chant. On m’a offert le bâton de tambour, c’est ainsi que j’ai pu jouer mon tambour.

9:30 J-Baptiste: C’est très difficile de jouer le tambour. Faut savoir écouter.

Evelyne: Le Bâton de tambour que l’on ta offert ?!

J-Baptiste: C’était celui de mon père, qui lui avait été donné par mon arrière grand- père, le père à Pien. Il devait l’avoir depuis très longtemps. Il ne possédait plus de tambour car il était brisé. Il avait toujours son tambour avec lui en forêt, mais il ne le jouait pas souvent. Il s’en servait seulement lorsqu’il avait faim pour demander de la nourriture. Il ne préparait jamais son propre tambour avant de jouer, son neveu le faisait pour lui et allait lui porter chez lui. Son père chantait avant lui. Mon père à commencé a jouer le tambour lorsqu’il avait 50 ans environs. 

Mon père apprenait de son père. Lorsque son père finissait de chanter, il lui disait ce qu’il devait faire. Il lui apprenait sur les animaux qu’il allait voir et des endroits qu’il allait devoir aller pour les chercher. 

12:14 Evelyne:  Est-ce que tes garçons vont jouer le tambour?

J-Baptiste: Je ne sais pas. Ils vont surement le faire si la tradition continue. Si la tradition ne meurt pas.

Evelyne: Il serait encore possible pour tes garçons de jouer le tambour?

J-Baptiste: Oui, c’est encore possible!

Evelyne: Il faut connaitre le innu-aitun (culture innue) afin de pouvoir jouer le tambour? 

J-Baptiste: Oui, il faut qu’ils connaissent nos anciens modes de vie.

J-Baptiste: L’homme ayant chassé et tué du caribou est privilégié pour jouer le tambour. C’est à ce moment qu’il pourrait commencer à le jouer.

13:16 Evelyne: En parlant du foetus du caribou, tu as déjà tué une femelle caribou?

J-Baptiste: Lorsqu’on m’a demandé de confectionner un tambour, tard au printemps, je n’avais pas ce qu’il me fallait dans notre territoire en forêt. Nous n’avions pas le droit de chasser le caribou sinon nous allions en prison. S’il fallait que j’en tue 5, c’est sûr que je m’en allait en prison. 

Dans le passé l’Innu avait droit de chasser où il voulait. Donc, lorsqu’on ma demandé de confectionner un tambour, j’ai été chasser plus proche d’ici, dans la région de Sept- iles. Je devais aller chasser l’animal qu’il me fallait pour me munir des os que j’avais besoin afin de confectionner mon tambour. Il y avait beaucoup de caribous proche d’ici dans le passé. Nous en avions tués 2, Une femelle et un jeune. Aussitôt la chasse finie, nous nous sommes retournés à la Romaine. 

15:13 Evelyne: Pour le foetus du caribou, on nettoie le jeune caribou de la même manière que le caribou adulte?

J-Baptiste: Oui de la même manière. 

Je ne pouvais débiter mon caribou en foret. Je lui ai enlevé la fourrure, la partie épaisse du haut du corps pour envelopper le foetus et le mettre dans mon sac. Nous retournions à la maison avec les caribous pour les débiter le soir même. Les pattes de devant allaient me servir pour les osselets. Je gardais la peau dessus pour les garder intact et pour ne pas les briser. Seuls les os allaient me servir pour confectionner mes osselets.

Evelyne: Il est comestible (Le foetus)?

J-Baptiste: Oui, il est très bon. Il ressemble beaucoup au poulet. Sa viande est très molle après l’avoir bouillie. On ne le jette jamais, on le fait bouillir peu importe sa taille. 

Dans le passé, les chasseurs les ramenaient toujours pour les ainés. C’était la nourriture des aînés. 

16:55 Est-ce que les jeunes avaient des interdictions de manger certaines choses?

J-Baptiste: Nous n’avions pas le droit de manger aucune partie du corps du caribou, l’outarde ou tout autre animal dont il avait de besoin pour sa survie. Nous pouvions manger que la viande. Comme par exemple les cuisses d’outarde. Étant jeune, je n’avait pas le droit d’en manger. On me disait que si j’e mangeait, mes pas allaient se faire entendre de loin durant la chasse. Le caribou allait entendre mes pas.

On ne me donnait jamais les cuisses d’outardes à mon jeune âge. 

18:12 Evelyne: Y’avait-il d’autre nourriture ? La graisse, la graisse de caribou?

J-Baptiste: Oui, nous avions toujours de la graisse de caribou, mais nous les jeunes ne pouvions en manger. Les aînés étaient les premiers servis. Les jeunes avaient droit aux restes après que les aînés aient eux terminé de manger. Les aînés allaient très loin pour  inviter d’autres aînés à venir au festin de la graisse de caribou. Les aînés venaient à pied de loin pour venir manger la graisse de caribou. Ce festin avait lieu lorsque les gens approchaient leur territoire. 

19:05 Evelyne: En parlant de la truite grise, on dit qu’il est fier, hautain tout comme un humain.

J-Baptiste: En effet, on en péchait beaucoup lorsqu’on était en forêt. Les hameçons utilisés aujourd’hui ne sont pas pareil comme ceux utilisés auparavant. On utilise les hameçons en forme de coeur pour l’attraper. La truite grise avale celui-ci et se rends directement dans l’estomac. On ne peut tirer dessus pour l’enlever, il faut faire une incision toute le long du devant pour pouvoir enlever l’hameçon. En tirant dessus, tout l’intérieur de l’estomac de la truite serait détruit, ce qui mènerait à une pêche infructueuse par la suite. C’est un poisson qu’il il faut traiter avec fierté. Il faut l’apprêter sur la neige où il n’y a pas de sapinage. Il ne faut jamais cogner dessus pour le tuer. Pour le ramener à la maison, il ne faut pas mettre la branche d’arbre à travers ses branchies, il faut le prendre par l’arrière du cou. Il ne faut également pas lui enlever les yeux ni les percer. Pour la nettoyer, il faut le faire sur un bel endroit, normalement sur du sapinage cueillie et étalé sur le sol. On la fait bouillir au complet avec la tête. Il ne faut surtout pas gratter sa peau, même s’il y a du sapinage collé dessus. Il n’est jamais cuit frit comme on fait avec le saumon et l’on ne l’enfarine pas. Il était apprêté différemment.

22:11 Evelyne: Si on ne l’apprêtait pas de la bonne manière, on n’arrivait pas en en tuer par après? 

J-Baptiste:  Personne arrivait à en attraper s’il ne l’avait pas bien apprêté. Il ne fallait pas nommé la truite grise par son nom lors de la pêche, il fallait dire…un poisson. Il fallait dire j’ai attrapé un poisson, au lieu de dire j’ai attrapé une truite grise. 

22:38 Evelyne: Les autres poissons n’étaient pas comme la truite grise?

J-Baptiste: Non les autres poissons ne sont pas comme elles. Le saumon, la truite mouchetée et la corégone ne sont pas fier comme la truite grise. 

23:07 Evelyne:  Par quel poisson Tshakapesh (légende) se fait avaler ?

J-Baptiste: C’es un très gros poisson. Quand on dit que c’est un brochet, j’imagine que c’est un très gros poisson, je ne l’ai jamais vu. (Rires)

Evelyne: Aujourd’hui il y a beaucoup plus d’animaux durant l’automne. Que devons- nous faire et à quoi doit-on penser ?

J-Baptiste: Les gens d’aujourd’hui ne sont pas assez… Le sol est présentement en train de fondre et lorsqu’il gèlera, on pourra facilement voir les traces d’animaux et il sera impossible de ne pas le trouver. Même si tu ne vois pas avec tes yeux, tu pourras suivre ses traces. C’est dans ces-temps-ci en automne que les gens allaient à la chasse lors des marées basses afin de pouvoir voir les castors. 

24:49 Evelyne: L’animal n’est pas très visible à l’oeil nu.

J-Baptiste: Cela dépends de la température. On peut savoir que nous aurons du mauvais temps en regardant les arbres. Leurs branches ont tendance à pencher vers le bas tandis que lorsqu’il fait beau, les branches sont droites et en vie, tout comme ils le sont présentement. Ceux qui s’y connaissent en météo savent quelle température il va faire en regardant les nuages et la direction du vent. C’est ce qu’il faut toujours vérifier. 

Evelyne: Quelle température allons nous avoir cet automne d’après toi?

J-Baptiste: Aujourd’hui il va faire beau. L’innu ne se préoccupe jamais à l’avance de la température qu’il vont avoir. Le seul moment qu’il s’en préoccupe est lorsque le mauvais temps approche. 

Lors des sorties en forêt, les gens partaient à la marche le matin dans des mauvaises conditions météorologiques. Au fur et à mesure qu’ils marchaient la température devenait plus belle en après-midi. Ils disent que lorsqu’on est à pied en forêt, nous attirons la belle température, surtout lorsqu’on ne se préoccupe pas du mauvais temps. Cela attire le beau temps et le soleil.

27:04 Evelyne: Le mauvais temps ne dérangeait pas l’innu?

J-Baptiste: Non pas du tout. Il partait en forêt même quand il ne faisait pas beau à l’extérieur, même en hiver. Cela à toujours été ainsi, aussi loin que je m’en souvienne.

Durant le temps où on m’apprenait à partir en forêt, nous partions dans des mauvaises températures. Je refusais de partir mais on m’ordonnait de le faire. C’était mon apprentissage, de partir en forêt que ce soit pendant la pluie, en plein hiver ou avec de gros vents. C’est ainsi que j’ai appris à partir seul en forêt. Lorsque la visibilité était nulle, nous devions se fier sur la direction du vent. Il fallait suivre sa direction. 

J’apprenais tout pendant mes séjours en forêt. Les bruits et les sons de la forêt. Tu peux entendre les branches se casser lorsque quelqu’un marche dessus. Le bruits que font les branche lorsqu’il vente, le son d’un sifflement. J’ai tout appris cela. Si tu n’apprends pas ces choses dans la forêt, tu auras toujours peur lors de tes randonnées en forêt. Il y a des gens qui ont peur, croyant que c’est une personne qui leur siffle. 

Evelyne: Il n’y a pas de danger dans la forêt?

J-Baptiste: Non, il n’y a rien a craindre en forêt, il n’y a rien de dangereux.

29:45 Evelyne: Aujourd’hui nous partons à la chasse au caribou. Que doit-on surveiller? Doit-on faire attention à ne pas faire de bruits en marchant?

J-Baptiste: Lors de la chasse au caribou, tu ne dois faire aucun bruit en marchant sur les branches, et surtout faire attention à ne pas les casser. S’assurer de ne pas passer par dessus les arbres sur le sol, tu dois les contourner. Tu dois marcher tranquillement sur les bords des marécages car c’est à cet endroit que le caribou se tient. Il adore le marécage où c’est propre. Où je vais aller est un très bel endroit, il doit surement y en avoir.

Evelyne: Lorsqu’on ira au sommet, il va y avoir des ours?

J-Baptiste: Au sommet c’est l’ours qui sera là, mais tu pourras le voir de très loin car il est très foncé. Le caribou lui se tient dans les marécages et où il y a de la tourbière.

31:04 Evelyne: Est-ce qu’il voit les couleurs de loin ? Comme le blanc, le rouge ? Ou est-ce qu’il se sert de son odorat?

J-Baptiste: Le caribou peut clairement voir la couleur rouge de loin. Tandis que la couleur blanche l’attire. Il cours vers le blanc. Les gens s’habillent toujours en blanc lors de la chasse. Il irait vers le blanc en courant même s’il le voyait de très loin. Il pourrait même te suivre par derrière en voyant ton sac à dos de chasse blanc. Il s’arrêterait lorsqu’il serait assez proche pour reconnaitre un humain. 

Evelyne: L’ours lui?

J-Baptiste: Non, l’ours lui reste où il y a des baies. Il ne fait que manger des baies et petits fruits. Il a une très bonne ouïe. 

Evelyne:  Et le caribou, a-t-il une bonne ouïe?

J-Baptiste: Il a une bonne ouïe mais il cours vers la couleur blanche. 

Evelyne: Doit-il être bon à manger présentement?

Jean-Baptiste:  Oui très bon jusqu’au mois d’octobre lorsqu’ils seront en rût. Il doit encore être très bon en ce moment.

Evelyne: Nous serons au mois d’octobre dans deux jours!

Jean-Baptiste: Oui mais jusqu’au 10 ou vers la mi-octobre.

Evelyne: C’est à ce moment qu’il sera en rût?

Jean-Baptiste: Oui

33:04 Evelyne: J’ai oublié de te poser la question. Lorsque tu chantes en jouant le tambour, d’où viennent ces paroles, sur quels sujets chantes-tu?

Jean-Baptiste: Mon père ayant été debout à mes côtés lorsque je jouais le tambour me disait sur quoi je devais chanter. Il semblait voir tout ce que je faisais en forêt même s’il ne me voyait pas. Dans mon rêve il me donna une assiette me disant qu’il venait m’ offrir cette nourriture. Je prenais l’assiette et le mis à coté de moi. Ce sont les paroles de mon chant, mon père qui me surveille et me regarde. Cela m’aide beaucoup de chanter. Le fait de chanter de mes rêves m’aide beaucoup aussi. Lorsque je rêvais en forêt, j’étais avec plusieurs amis de la Romaine, je leur racontait seulement une partie de mon rêve. Et lorsque c’était le temps de partir, j’étais toujours devant, mes amis me suivant derrière. Nous n’arrivions pas à tirer sur les caribous dans la forêt, il se sauvaient à chaque fois. J’ai réussie à les tuer sur la glace car j’avais rêvé de la rivière. On pouvaient tous les tuer, soit une trentaine, une vingtaine ou une dizaine. C’était grâce à mes rêves. 

Evelyne: As-tu rêvé de cette chasse dernièrement ?

J-Baptiste: Non pas encore depuis que je suis ici!

Entretien Jean-Baptiste Bellefleur et Anne-Marie André, 2005

Transcription

Anne-Marie: Jean-Baptiste je voulais savoir qui était responsable du tambour lors des déplacements?

Jean-Baptiste: Chacun était responsable de son propre tambour. La personne embarquait son tambour dans son canot. 

Anne-Marie: Il devait tout le défaire?

Jean-Baptiste: Oui, il fallait défaire le cerceau, la corde ainsi que la peau du tambour. Il se servait de cette corde pour attacher le tout avant de le mettre dans son sac.

Anne-Marie: Le tambour était serré à quel endroit? Dans la maison?

Jean-Baptiste: Oui à l’intérieur de la maison.

Anne-Marie: Il était accroché à quelque part?

Jean-Baptiste: Non, tout simplement placé dans un endroit proche. 

Anne-Marie: La femme ne touchait jamais au tambour?

Jean-Baptiste: Non, elle n’avait pas droit d’y toucher, l’habiller et encore moins le jouer.

1:20 Anne-Marie: J’ai déjà entendue dire par des aînés que c’était la femme qui s’occupait du tambour. Vous avez surement fait autrement. 

Jean-Baptiste: Eux faisaient autrement car je n’ai jamais vu de toute ma vie, aucune personne s’en occuper autre que les hommes. Les hommes embarquaient eux-mêmes leurs tambours à bord des canots. Ils ne les mettaient jamais dans des traîneaux. 

1:57 Anne-Marie: D’après tes souvenirs lorsque vous étiez en forêt, aviez-vous faites la rencontre des gens de Sheshatshiu (Goose Bay) ?

Jean-Baptiste: Non je n’ai jamais rencontré les gens de Sheshatshiu!

Anne-Marie: Et les gens de Nutashkuan?

Jean-Baptiste: Non plus, je ne les avait jamais rencontrés! 

Anne-Marie: Non les gens de Pakua-Shipu?

Jean-Baptiste: Non plus!

Anne-Marie: Vous étiez seuls entre-vous?

Jean-Baptiste: Oui, nos ne voyions que notre peuple.

2:25 Anne-Marie: Y-a-t-il eu un moment où quelqu’un jouait le tambour pendant ta chasse?

Jean-Baptiste: Oui, le tambour était joué à chaque fois que je partait à la chasse.

Anne-Marie: Qui jouait le tambour?

Jean-Baptiste: Mon grand-père Pien le jouait. 

Anne-Marie: Qu’est-ce qu’il recherchait?

Jean-Baptiste: Il cherchait à voir si on allait tué du caribou. L’été il jouait le tambour qu’une seule fois et une autre fois durant l’hiver avant la chasse. Le tambour à toujours été utilisé pour trouver l’emplacement du caribou. Le lendemain de la vision de l’emplacement du caribou, les gens partaient pour aller à cet endroit. S’ils ne voyaient pas les traces du caribou, ils retournaient voir l’aîné pour lui faire part qu’aucune trace n’était visible. Alors l’aîné prends ensuite son tambour et le place à l’entrée de la demeure.

Anne-Marie: Pour quelle raison le place t-il à l’entrée?

Jean-Baptiste: L’aîné ne dit pas un mot en plaçant son tambour à l’entrée. Lorsqu’un jeune homme vient dans la demeure et remarque le tambour à l’entrée, il le prends et commence à l’habiller avec la peau et la corde. Par la suite, l’aîné accorde son tambour et débute son chant. L’aîné ne bouge pas, il n’a pas besoin d’y toucher pendant que le jeune homme prépare son tambour. Le jeune homme ayant préparé le tambour pour l’aîné va également l’accrocher pour lui. L’aîné reste assis pendant que le jeune homme accroche le tambour à son niveau. L’aîné place ensuite une lumière qu’il garde éteinte durant son chant. On voit toutefois une lumière de l’autre bord.

5:13 Anne-Marie: Et toi, lorsque tu chantais, voyais tu la lumière arriver?

Jean-Baptiste: Je serais capable de le voir si j’étais dans une tente. Moi j’ai chanté dans une grande cabane en bois rond pour s’assurer que l’endroit était assez sombre pour chanter.

Anne-Marie: Tu ressens quand-même de la force?

Jean-Baptiste: Oui je ressens quand-même la force, mais je ne peux te raconter ce que je ressens.

Anne-Marie: Je respecte ton choix de pas pas pouvoir en parler.

Tu ressens qu’il y a des gens qui te viennent en aide?

Jean-Baptiste: Oui je ressens beaucoup l’aide de mes amis.

Anne-Marie: Comme tu avais mentionné plus tôt, on parle de ton père, ton grand-père et ton oncle, c’est cela?

Jean-Baptiste: Oui

6:32 Anne-Marie: Est-ce qu’ils te donnent de la force, ou bien des paroles à transmettre?

Jean-Baptiste: D’après moi, je ressens une nouvelle énergie quand je vois mes amis aînés. J’ai toujours été voir ces mêmes personnes lorsque je voulais faire quelque chose. Je leur rends visite ensuite ils me disent à quoi je devrais m’attendre.

7:10 Anne-Marie: Ils te disent ce que tu entameras lors de ta prochaine chasse?

Jean-Baptiste: C’est justement cela, ainsi que le chemin que je devrais prendre. Je n’avais pas d’idée de l’endroit où je devais aller chasser avant ma visite. Je partais pour la chasse le lendemain de ma visite de chez mon père ou de chez mon oncle. Je trouvais ce que je cherchais à l’endroit où ils m’avaient envoyés.

Anne-Marie: Cela arrive tout seul sans raisons?

Jean-Baptiste: Oui, tout arrive tout seul.

Anne-Marie: Tout s’est déroulé comme ils avaient prédit?

Jean-Baptiste: Oui, tout s’est passé comme ils avaient prédit, et j’ai réussi à faire tout ce qu’ils m’avaient appris.

8:05 Lorsque vous dites qu’ils vous donnent de la force, tout ton savoir sur la chasse ainsi que ton savoir sur ton territoire, tes connaissances sur les noms et la vie des animaux, ta connaissance sur les montagnes, est-ce que tout cela est relié aux apprentissages que tu as reçu de tes amis?

Jean-Baptiste: Tout ce que tu viens de me nommer provient de ce qu’ils m’ont appris.

Anne-Marie: Comment te sens-tu lorsque tu es en forêt?

Jean-Baptiste: J’adore me promener en forêt, je ne penses plus a rien. Je peux aller où je veux.

8:59 Anne-Marie: Restez-vous en forêt pour de longues durées parfois?

Jean-Baptiste: Cela m’arrive de rester longtemps. Je peux rester pendant deux ou trois semaines.

Anne-Marie: À ton jeune âge, vous restiez environs une dizaine de mois?

Jean-Baptiste: Parfois plus de dix semaines.

9:19 Anne-Marie: Ressentais-tu déjà cette force pendant tes long séjours en forêt ?

Jean-Baptiste: Lorsque mon père m’apprenait des choses, je me sentais comme si je recevais une très grande éducation. Il m’apprenait tout sur la nature lors de nos marches. Il m’apprenait également sur les directions des vents et comment apprêter les animaux.

Anne-Marie: L’été lorsque vous retourniez dans le village, que faisais-tu? Jouais-tu, ou est-ce que l’apprentissage continuait ?

Jean-Baptiste: Je ne jouais pas souvent, je continuais à apprendre sur la vie en forêt. 

Je continuais à chasser le porc-épic, la perdrix… je ne restais jamais assis pendant mes enseignements. 

Anne-Marie: Tu étais toujours sur tes pieds?

Jean-Baptiste: Toujours!

10:50 Que chassais-tu durant l’été?

Jean-Baptiste: Au printemps il n’y a pas beaucoup d’animaux que l’on peut chasser. On ne pouvait pas trop tué le caribou ni le castor, on ne les chassait pas dans le passé, mais on pouvait tuer du gibier et de l’outarde jusqu’a ce qu’ils s’accouplent.

Anne-Marie: Et l’été?

Jean-Baptiste: L’été c’était le homard, nous n’avions pas à aller loin pour s’en procurer. 

Anne-Marie: Vous alliez sûrement à la pêche à la truite mouchetée?

Jean-Baptiste: Nous pêchions la truite lorsque nous étions en forêt car il est très loin d’ici. Nous allions en forêt pour pêcher pour ensuite revenir. 

12:10 Anne-Marie: C’est au mois d’Août que vous commenciez à préparer votre travail pour votre retour en forêt ?

Jean-Baptiste:  Oui au mois d’Août!

Anne-Marie: As-tu des souvenirs si ton grand-père avait mentionné l’existence du calendrier?

Jean-Baptiste: Je n’ai jamais entendu parler de calendrier car cela n’existait pas dans le passé. Le moment que j’en ai entendu parler est lors de l’arrivée du prêtre. Ce n’est pas les calendriers d’aujourd’hui, c’était des calendriers innu de l’épaisseur des livres de cantiques. Il était fait carré et les gens changeaient de date en le piquant à chaque jour.

Anne-Marie: Est-ce que cette tâche était donné à une personne en particulier? À la mère ou à une personne spécifique?

Jean-Baptiste: Non, si l’homme oubliait de piquer le calendrier, la femme le faisait. Les calendriers en papiers n’existaient pas. 

13:41 Anne-Marie: Avant l’arrivée du calendrier, de quoi se servait-on?

Jean-Baptiste: Je ne sais pas mais nous nous servions de l’emplacement du soleil. Nous pouvions savoir à quel moment il allait se coucher en le regardant. Les horloges n’existaient pas non plus, personne n’en possédait.

14:18 Anne-Marie: La façon de vivre de l’animal devait aider à annoncer l’arrivée du caribou et des outardes?

Jean-Baptiste:  Ils savent sûrement en allant à l’endroit où l’enfant avait été abandonné ( légende enfant avec des poux) où on trouve les oiseaux d’été. Car c’est à ce moment que les saisons changent.

15:03 Anne:Marie: J’aimerais que tu me décrit les sortes de jouets que les enfants avaient dans le passé en forêt.

Jean-Baptiste: Les jouets n’avaient pas d’apparence très spécial. C’était un morceau de bois croche que l’on aplatissait pour qu’il puisse glisser avec.

Anne-Marie: Il devait y avoir quelque chose sur quoi se tenir?

Jean-Baptiste: Non, il n’avait rien pour se retenir, l’enfant se mettait à genou et se servait de ses mains pour contrôler son jouet. Il n’existait pas de jouets spécial. 

15:57 Anne-Marie: Tu devais surement confectionner des jouets pour tes enfants?

Jean-Baptiste: Oui j’en confectionnait avant que l’on puisse en acheter. Je leur ai fabriqué des petits traineaux. C’est ce qui était populaire dans le temps. 

16:23 Anne-Marie: Et des poupées pour les filles ?

Jean-Baptiste: Oui les poupées étaient faites en bois.  

Entretien Jean-Baptiste Bellefleur et Anne-Marie André, 2005

Transcription

Anne-Marie:  Bonjour Jean-Baptiste!

Jean-Baptiste: Bonjour!

Anne-Marie: J’ai une question par rapport à l’an dernier, lors de la visite du Premier ministre ainsi que plusieurs femmes pour la transmission de ton savoir sur la culture innue. As-tu réussi à continuer le projet?

Jean-Baptiste: Oui, je continu à enseigner aux jeunes étudiants dans leurs écoles. 

Anne:Marie: À l’intérieur de l’école?

Jean-Baptiste: Oui, j’enseigne aux plus jeunes. 

Anne-Marie: Que leur apprends-tu exactement?

Jean-Baptiste: Je leur apprend toutes mes connaissances. Parfois je leur raconte des légendes et parfois je leur montre en mettant mes connaissances en pratique. Je ne passe pas mes journées à les enseigner, c’est des enseignements d’une durée d’une heure.

1:24 Anne-Marie: Et les plus grands?

Jean-Baptiste: Je leur enseigne aussi, à l’occasion.

Anne-Marie: Est-ce que vous faites des sorties?

Jean-Baptiste: Oui, nous faisons mêmes des sorties d’une journée en forêt. 

Anne-Marie:  Est-ce qu’ils préfèrent aller en forêt?

Jean-Baptiste: J’imagine que oui car ils peuvent aller à la pêche ainsi que placer des collets. Ce n’est que lorsqu’on me le demande que je vais les chercher. Ce n’est pas à tous les jours. 

Anne-Marie: C’est pendant les heures de cours? De l’école?

Jean-Baptiste: Oui.

2:04 Anne-Marie: Es-tu seul à partir avec les jeunes lors de vos sorties?

Jean-Baptiste: Oui je pars seul avec les jeunes.

Anne-Marie: Y-a-t-il des tentes de prêt lors de vos sorties?

Jean-Baptiste: Il y a des tentes partout et je peux m’en servir comme je veux. Il servent justement à cela. Nous y allons parfois pour y passer une nuit, ou pour la journée et  revenir dans la même soirée. 

2:37 Anne-Marie: Cet endroit est situé loin de l’école?

Jean-Baptiste: Quand même assez loin. 

Anne-Marie: Ils se rendent à pied pour y aller?

Jean-Baptiste: Non, ils y vont en prenant le ski-doo de leurs pères. Le carburant est fournit par l’école.

Anne-Marie: C’est de cette manière que tu transmets la culture innue?

Jean-Baptiste:  Oui, c’est ma façon de transmette ma culture.

Anne-Marie: Tu as pu poursuivre ton projet malgré que le Premier ministre ai refusé de financer ce projet?

Jean-Baptiste: J’ai quand même réussi à continuer. Je peux aller en forêt même si on ne me finance pas. 

Anne-Marie: Même pour enseigner?

Jean-Baptiste: Oui pour enseigner. 

3:33 Anne-Marie: Je t’ai entendue jouer le tambour. Le chant dont tu as rêvé. Est-ce que toutes les paroles proviennent de tes rêves?

Jean-Baptiste: Non, je chante seulement les paroles dont j’ai rêvé. Je n’ai pas eu la permission de chanter dès la première fois que j’ai rêvé au tambour. C’est suite à mon deuxième rêve que j’ai pu chanter.

Anne-Marie: Comment as-tu su que tu avais la permission de chanter?

Jean-Baptiste: C’est grâce à mon rêve, dans mon sommeil. En analysant mon rêve.

Anne-Marie: C’est de cette façon que tu trouves tes paroles?

Jean-Baptiste: Lorsque je fais un rêve la nuit, je prends dès le lendemain matin tout ce que l’on m’a donné dans mon rêve et le converti en chant. 

Anne-Marie: Qu’elle est la définition de tes parole dans ton chant?

Jean-Baptiste: C’est un rêve de mon père qui entre dans la maison et me précise ce que je vais devoir chanter. Il me dit également qu’il vient m’offrir de la nourriture. Il avait un bol en bois rempli de viande dans les mains. Il me dit aussi que je devais chanter sur le don de nourriture qu’il venait de me faire. C’est suite à ce rêve que je me suis permis de chanter. C’est pour cette raison que je chante à propos de son offrande. 

Anne-Marie: C’est ton tout premier chant? Est-ce qu’il y en avait d’autres à part celui- là?

Jean-Baptiste: C’est mon tout premier chant, celui de l’offrande de mon père. Et c’est la première fois que je jouais le tambour. 

Anne-Marie: Mais tu avais déjà confectionné ton tambour avant cela?

Jean-Baptiste: Oui, je l’avais déjà, sauf que je n’avais pas encore l’approbation de m’en servir.

J’en avais confectionné un pour le donner à mon frère qui habite à la Romaine. Je l’ai fait pour lui. C’est avec son tambour que j’ai chanté. Lorsque je l’avais fabriqué, je n’avais pas encore la permission de chanter. J’y avais déjà rêvé à deux reprises.

Anne-Marie: C’est suite à ton troisième rêve que tu as pu chanter?

Jean-Baptiste: Oui, après mon troisième rêve j’ai pu prendre le tambour et chanter.

7:24 Anne-Marie: Lorsque que tu vas à la chasse au caribou et que tu te prépares à tuer la femelle, est-ce qu’elle vient vers toi, ou est-ce que tu dois te forcer pour la trouver?

Jean-Baptiste: Je vais le trouver moi-même. Je trouve le caribou dont j’ai besoin pour mes besoins spécifiques. 

Anne-Marie: Tu sais également à quel moment tu vas aller le chasser?

Jean-Baptiste: Oui.

Anne-Marie: Comment sais-tu que c’est le bon moment?

Jean-Baptiste: C’est à ce mois-ci que je vais à la chasse. Je cherche tout d’abord la femme et son jeune mâle. Quand je tues un jeune, il est déjà grand et c’est celui qui me permettra de faire la peau de mon tambour. La femelle elle, servira pour les osselets du tambour. 

Après la chasse des deux caribous, je confectionne aussitôt mon tambour. Tout doit être préparé à l’avance avant de le confectionner.

Anne-Marie: On ne se sert pas de la peau du jeune caribou ?

Jean-Baptiste: Non on ne s’en sert pas, il n’a pas la fourrure épaisse. Sa viande est très bonne et très molle lorsqu’il est bouillie. 

Anne-Marie: Alors tu prends seulement les os ?

Jean-Baptiste: Oui.

Anne-Marie: Tous les os te serviront?

Jean-Baptiste: Non, seulement les os des quatre pattes. 

Anne-Marie: Le reste se font mettre sur le feu?

Jean-Baptiste: Oui, ils ne sont jamais accrochés, il faut les bruler.

Anne-Marie: D’un jeune caribou?

Jean-Baptiste: Oui

10:04 Anne-Marie: Une fois que tu ai terminé ta confection du contour, l’habillage du tambour, fais-tu l’oeil de Papakassik (Maître du caribou) avant de fermer les deux côtés?

Jean-Baptiste: Je fais l’oeil de Papakassik juste avant de finaliser et fermer le tambour.

Anne-Marie: Est-ce que tu dois le faire dans un endroit particulier?

Jean-Baptiste: Je dois le mettre au centre.

Anne-Marie: À ta droite?

Jean-Baptiste: On perce le trou à droite et on vire le tambour, pour que l’oeil se trouve à la gauche.

Anne-Marie: Tu le perces à deux endroits?

Jean-Baptiste: Non, il n’y a qu’un seul trou, c’est juste que le trou se trouve de l’autre bord. Il ne faut pas oublier que l’on joue le tambour des deux côtés. Lorsque le son du tambour ne sonne pas bien d’un côté, on le vire pour jouer de l’autre côté. C’est à toi de juger quel son est meilleur. 

Anne-Marie: Après avoir percé ce trou, est-ce que Papakassiku se trouve à l’extérieur ou à l’intérieur du tambour?

Jean-Baptiste: Il se trouve à l’intérieur et non à l’extérieur.

Anne-Marie:  Est-ce qu’on pourrait dire que sa force et ses paroles sortent de l’oeil de Papakassiku?

Jean-Baptiste: C’est lorsqu’il rentre dans l’oeil qu’il donne la force au tambour et au chanteur. Le chanteur ne racontera jamais rien à d’autres personnes après son chant. 

Anne-Marie: Cela lui appartient?

Jean-Baptiste: Oui, ça lui appartient et il le garde pour lui-même.

Anne-Marie: Il donne seulement la force au chanteur, et le chanteur le garde pour lui?

Jean-Baptiste: Oui, Il y a juste le chanteur qui le reçoit. Lorsque j’en ai de besoin, c’est à ce moment que j’y vais.

Anne-Marie: Tu sais exactement à quel moment y aller?

Jean-Baptiste: Je sais exactement  à quel moment je vais partir et à quel moment je vais tuer mon animal.

Anne-Marie: Seulement pour aller à la chasse et pour trouver de la nourriture?

Jean-Baptiste: Oui, je me sers de mon rêve seulement lorsque je veux aller à la chasse au caribou.

12:54 Anne-Marie: Pourrais-tu t’en servir pour voir si tout va bien aller, comme par exemple si vous partiez en canot?

Jean-Baptiste: Cela ne se dit pas. Dire que tu as rêvé que tout va bien aller serait trop avancé. Tu ferais peur aux gens si ton rêve se réaliserait. 

Anne-Marie: Tu te ferais prendre pour un Shaman?

Jean-Baptiste: Effectivement, on me prendrait pour un Shaman. Tu ne peux parler de tes rêves, seulement qui a rapport avec la nourriture. 

Anne-Marie: D’accord, je comprends un peu mieux.

Anne-Marie: Lorsque tu places la corde d’osselets sur le tambour, les deux extrémités de la corde restent accrochées à chaque côtés du tambour ? La corde reste accrochée là même après avoir encadré le tambour avec le cerceaux?

  Jean-Baptiste: Je place tout d’abord ma corde d’osselets, ensuite je place le cerceaux. Je répète le même geste pour l’autre côté du tambour. Aussitôt avoir bien étalé la peau  bien serrée sur le tambour, il faut tirer encore une fois sur la corde d’osselets afin qu’il soit bien serrée.

Anne-Marie: Il faut qu’elles soient étirées le plus possible? Et elles resteront toujours sur place sans bouger ?

Jean-Baptiste: Elles ne bougeront plus, elles sont déjà bien placés.

14:33 Anne-Marie: Pour qu’elle raison le tambour est couvert des deux côtés? 

Jean-Baptiste: Je ne sais pas. C’est pour le son du tambour, le son est plus fort. 

Anne-Marie: As-t-il déjà existé un tambour fermé d’un seul côté à Unamen-Shipu?

Jean-Baptiste: Non, nous n’en ont jamais eu à Unamen-Shipu, seulement un tambour fermé des deux côtés. 

Anne-Marie: Ailleurs?

Jean-Baptiste: Je crois qu’il y en avait plus loin, à Pakua shipu.

Anne-Marie: À Nutashkuan?

Jean-Baptiste: Ils avaient le tambour fermé des deux côtés.

Anne-Marie: Que penses-tu du tambour fermé d’un côté seulement? As-tu déjà jouer avec ce tambour là?

Jean-Baptiste: Oui j’e l’ai joué à Pakua-Shipu.

Anne-Marie: Qu’en penses-tu, est-ce que le son est pareil?

Jean-Baptiste: Non, le son n’est pas le même que le labour traditionnel. On l’entends seulement d’un côté.

16:00 Anne-Marie: As tu quand même confiance en celle-ci?

Jean-Baptiste:  Oui, j’y ai confiance. 

Anne-Marie: Est-ce que celle-ci à l’oeil de Papakassik aussi ?

Jean-Baptiste: Non, il n’a pas ça car il n’est pas percé comme le tambour sacré.

Il n’est pas entier, la force provient seulement d’ un côté.

Anne-Marie: La force que ce tambour possède doit sûrement sortir vu qu’il n’a qu’un côté?

Jean-Baptiste: La force se répand sûrement autour du tambour. 

Anne-Marie: Lorsqu’on voit en jouant le tambour, est-ce que la personne marque les endroits où sont situés l’été et l’hiver?

Jean-Baptiste: La personne ne peut marquer les endroits si elle voit en jouant le tambour. 

Anne-Marie: Est-ce que le joueur de tambour espère et souhaite voir ces choses lorsqu’il joue son tambour? Voici l’été, voici l’hiver!

Jean-Baptiste: Je n’ai jamais entendu parler que quelqu’un jouait le tambour pour voir ces choses là. C’était seulement le mauvais temps ou bien la pluie. C’est lorsque le chasseur se prépare pour aller à la chasse qu’il prenait son tambour et le plaçait devant la porte pour qu’un jeune adulte habille le tambour. C’est le soir même lorsque le jeune homme revient après avoir habillé le tambour que l’aîné prends son tambour pour le jouer. Une fois qu’il ai eu fini de chanter, il demande à ses amis aînés de sortir pour demander le beau temps. C’est en chantant que les aînés faisaient toutes leurs demandes. 

18:26 Anne-Marie: Dans le livre de ton père, il mentionne que le maître des caribou existe dans le corps du caribou. Il écrit que Papakassik est collé sur la panse du caribou.  J’aimerais savoir, est-ce à l’extérieur ou à l’intérieur de la panse?

Jean-Baptiste: Il est situé à l’intérieur. Il n’est pas épais, il est mince. C’a s’appelle la rate. Ceci n’est pas collé sur la viande, il est dessus. Après l’avoir enlevé, il est suspendu. C’est ce qui est donné en offrande comme nourriture. 

Anne-Marie: Lorsqu’on fait la corde d’osselets du tambour, est-ce qu’il y a un rituel de respect pour la femelle caribou avant la fabrication des osselets?

Jean-Baptiste: Tout est fait par respect du caribou. Rien n’est jeté. Ce qui ne sert pas dans la forêt se fera mettre au feu. C’est pareil pour la femelle. Ils font attention à ses enfants car ils servent à fabriquer les osselets du tambour.

Anne-Marie: Y-a-t-il une manière de remercier le caribou?

Jean-Baptiste:  Je le remercie en l’arrangeant aussi bien que je peux et je m’assure de bien sauvegarder tout le nécessaire, soit en accrochant dans la forêt ou en brûlant ce qui ne servira pas. C’est comme cela que je le remercie. 

Anne-Marie: Le respect est parmi tout cela !

Jean-Baptiste: C’est ma manière de lui montrer tout mon respect. C’est grâce à tout le respect que je lui donne en l’apprêtant, que ma chasse continue toujours à être fructueuse. La personne qui ne le l’apprête pas bien n’a pas toujours une chasse fructueuse.

21:41 Anne-Marie: Il te remet la pareille?

Jean-Baptiste: Le caribou remets la pareille à la personne qui l’a respecté.

Anne-Marie: Il te remets un cadeau après l’avoir respecté?

Jean-Baptiste: Oui. Le caribou fait demi-tour lorsqu’il ressent un chasseur qui lui a manqué de respect. 

Le chasseur qui retourne le lendemain après avoir vue les traces de caribou, ne le retrouvera pas, car le caribou va avoir déjà rebroussé chemin.

Anne-Marie: Que penses-tu de la façon de chasser présentement? Les gens qui partent à la chasse en grand nombre et qui tirent partout?

Jean-Baptiste: La chasse en auto ne me dérange pas du tout car ces caribous sont nombreux et ne se sauvent pas. Je suis déjà allé à la chasse en auto, je n’ai même pas eu besoin de débarquer de l’auto et je pouvais garder mon fusil proche de moi à bord. Je n’avais qu’a baisser la vitre pour tirer. Ça ne prends vraiment pas beaucoup d’énergie, c’est comme si je partais pour aller souper. 

Le caribou de la basse Côte-Nord est différent, celui proches de nos villages.  

Anne-Marie: Le caribou du littoral?

Jean-Baptiste: Celui qui vit en forêt est différent?

Anne-Marie: Il est comment? Il se tient seul?

Jean-Baptiste: Par groupe de deux, trois ou cinq. Il est très différent, très intelligent. Il n’est vraiment pas comme celui de l’ouest. Celui à l’est est beaucoup plus intelligent. 

Il se sauve aussitôt qu’il entend une branche cassée. 

Anne-Marie: C’est ce qu’on appelle le caribou de forêt ?

Jean-Baptiste: Oui, c’est celui qui se tient en forêt à partir de l’automne et ensuite en été proche de l’eau dans un endroit ensoleillé.

Anne-Marie: Lorsque tu est allé à la chasse en auto, tu as sûrement vu des carcasse, des ossements, les peaux et les panaches sur le bord des chemins?

Jean-Baptiste: Oui j’en ai vu partout, toutefois je n’en ai pas parlé durant ma chasse.

J’ai remarqué qu’un caribou avait été tué, débité et le reste avait été laissé là. Nous ne faisons pas cela par chez nous et nous en tuons pas plusieurs. Cela dépends du nombre de chasseurs. Une personne en tue un seul. S’il y a trois personnes, ils en tuent trois, cinq chasseurs en tuent cinq. S’il y a dix personnes, ils en tuent dix. Ils laissent les femelles afin qu’elle puissent reproduire.

25:29 Anne-Marie:  Qu’en penses-tu ? De tout ce que tu as vue. Comment réagis-tu de voir le caribou gaspillé?

Jean-Baptiste: C’est justement ce que je vient de mentionner. Il ne faut pas laisser trainer le caribou à des endroits. Je trouves que cela ne parait pas bien. 

Anne-Marie: Que doit-on faire pour que ce soit mieux?

Jean-Baptiste: Je ne sais pas car je n’ai aucun pouvoir sur ces endroits.

Anne-Marie: Les gens peuvent gérer leur chasse et leur respect envers Papakassik. Tu as surement un message à leur transmettre.

Jean-Baptiste: Tout dépends de leur volonté. À la Romaine, ils respectent ce qu’on leur dit. Par ici, ils n’écoutent jamais ce qu’on leur dit. Ils continuent à tuer plusieurs caribous malgré que cela fait plusieurs fois qu’ils sont avertis.

À la Romaine, ils respectent le fait qu’ils peuvent seulement en tuer deux, trois ou quatre.

Anne-Marie: Crois-tu que ce serait bien de ramasser les ossements, carcasses de caribou et de les brûler afin que la terre demeure propre, et pour montrer le respect envers Papakassik.  

Jean-Baptiste: C’est sûr que ça démontrerais le respect. Il devrait y avoir un gros sac pour y mettre tous les os et l’accrocher sur le haut d’un arbre. L’été les os seraient tous en miettes.

Anne-Marie: Je te posais la question parce que les jeunes ne connaissent pas cela, ils ne leur a jamais été transmis. Ils ne savent pas quoi faire avec ces choses. Ils aiment tirer avec leurs fusils et débiter leur caribou et pour se vanter du nombre de caribous qu’ils ont tués et de leur habileté avec leurs fusils durant la chasse. Il ne leur ai jamais transmis de respecter les animaux qu’ils tuent.

Jean-Baptiste: Il serait bon de leur apprendre la bonne manière de chasser. Disons qu’ils sont deux à chasser, deux caribous seraient assez pour eux. La viande d’un seul caribou est assez pour une année pour une personne. Leur apprendre que s’il y a dix caribous et deux chasseurs, seulement deux caribous devraient être tués et laisser les huit autres en vie. Tout cela pour ne pas gaspiller le caribou. 

Anne-Marie: Tout ces savoirs devraient être retransmis?

Jean-Baptiste : Il faudrait retransmettre l’importance du respect du caribou comme dans le passé. 

Anne-Marie: C’est justement pour cette raison que cette entrevue a lieu en ce moment! C’est afin de transmettre ce message.

LES RAQUETTES

 30:05 Anne-Marie: J’aimerais que tu me parles de la raquette.

Pourquoi ris-tu, tu racontes sûrement de belles histoires!

Jean-Baptiste: L’automne est la saison où l’aîné tresse des raquettes pour son fils. Après le tressage, les raquettes se font accrocher en position croisés à l’extérieur.

Anne-Marie: Pour quelle raison sont-ils accrochés.

Jean-Baptiste: Afin que les raquettes puissent bien avancer » Pendant le tressage, il ne faut jamais essayé les raquettes en les mettant sous ses pieds sinon tu enlèves les pouvoirs des raquettes de ton fils qui les portera. Il ne pourra chasser, il perdra le goût d’aller à la chasse car il l’a bloqué en essayant les raquettes.

Anne-Marie: C’est surement pour cette raison que les jeunes ne sont pas comme les jeunes d’avant et ne chassent pas, parce qu’ils ne possèdent pas leurs propres raquettes. 

Jean-Baptiste: C’est sûrement pour cette raison. 

Anne-Marie: Car moi-même, je ne le savais pas. Il faudrait absolument que les jeunes soient au courant de ce qu’ils doivent faire lors de la chasse et ce qu’ils doivent faire avec la peau du caribou, et d’en faire de la babiche pour la confection de leurs raquettes.

Tout ce qui est rattaché à notre existence n’y est plus. La chasse et la transmission de la culture devraient revenir sur le sujet. 

Jean-Baptiste: Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas du tout éduqué sur la culture. Ils ne possèdent pas leurs raquettes. Dans le passé tous les jeunes avaient des raquettes et avaient été enseigné à chasser, et à nettoyer le caribou. Ces jeunes ont maintenant cessés cette pratique.

Anne-Marie: Crois-tu qu’ils apprendraient vite si ils seraient enseignés?

Jean-Baptiste: Certains apprendraient vite et certains n’écouteraient pas. Nous vivons beaucoup de la manière des allochtones. Plusieurs d’entre nous ne parlent plus la langue, nous perdons notre culture. Il n’existe pas beaucoup d’autochtones qui connaissent notre vie d’avant. Les jeunes d’aujourd’hui passent pour des allochtones. 

Anne-Marie: Est-ce que tout ça te fâche?

Jean-Baptiste: Non pas en ce moment car je suis encore apte à chasser. Par contre je ne dis pas que ce sera pas le cas lorsque je serais vieux et que je ne serai plus apte à chasser. L’aîné qui ne peut bouger pour aller chasser n’est pas d’accord avec cela. Les jeunes perdent notre culture, nos savoirs.

35:03 Anne-Marie: Si le peuple ne décide pas de se réunir pour enseigner les jeunes d’aujourd’hui, dans dix ans…

Jean-Baptiste: Dans dix ans tout sera perdu. Ils ne nous permettent plus d’enseigner à nos jeunes, tandis que c’est le plus important et c’est ce qui est prioritaire.

Les raquettes devraient être enseignés en premier car ils sont très respecté. La canne en bois aussi, celle que l’on tient dans les mains pendant la marche en raquettes. 

Anne-Marie: Quelle bois? À quoi sert-il?

Jean-Baptiste: Il faut couper un morceau de bois pour créer une canne. Il servira a enlever la neige durcie de tes raquettes Ain que le caribou n’entendent pas les bruits de tes pas. En enlevant cette neige, les raquettes deviennent moins lourdes et facilite la marche. Nous avons perdu beaucoup sur la culture.

Anne-Marie: Allons-nous pouvoir ravoir la moitié de ce que nous avons perdus?

Jean-Baptiste: Surement sur certaines choses. Aujourd’hui nous utilisons la langue française, un aîné ne pourra enseigner. 

Anne-Marie: Durant tes enseignements à l’école de la Romaine, y-a-t-il des jeunes qui parlent uniquement la langue française ?

Jean-Baptiste: J’enseigne à plusieurs jeunes de différentes âges et plusieurs parlent la  langue française. Tous ces jeunes n’ont jamais été en raquettes et n’ont jamais rien appris sur la chasse.

37:53 Anne-Marie: Crois-tu que nous sommes trop lâche à leur apprendre notre langue, vue que la plupart des jeunes mélangent le français et l’innu lorsqu’ils parlent?

Jean-Baptiste: Ça prends toujours de l’argent. Avec de l’argent, ils apprendraient aux jeunes. Sans l’argent, les jeunes ne peuvent pas être enseignés. Il faudrait que cela se fasse volontairement sans que personne soit rémunéré. Transmettre son savoir gratuitement. Certaines personnes enseigne leurs savoirs à leurs enfants ainsi que d’autres jeunes sans être rémunéré. Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont appris les bonnes manières de chasser les animaux..

Anne-Marie: Il faudrait s’efforcer d’avantage?

Jean-Baptiste: Il faudrait que les jeunes se forcent à écouter ce que leur père leur enseignent et prioriser ces enseignements.

Anne-Marie: Savais-tu que lorsque les Chefs des communautés font des demandes de financement au Gouvernement, ils se réfèrent à la sauvegarde de la langue, de la culture innue et du territoire.

Jean-Baptiste: C’est sûrement ce qu’ils disent mais je n’entends jamais parlé dans notre communauté à La Romaine.

Anne-Marie: On ne t’offre rien dans ta communauté, c’est ça?

Jean-Baptiste: Tu mentionnes notre territoire, il n’y a plus rien dans notre territoire en forêt, il n’y a plus personne là-bas. Nous recevons un tout petit montant pour notre territoire. Ça appartient maintenant aux allochtones. Et lorsqu’on se renseigne sur l’allochtone, ils disent qu’il est là à ne rien faire. C’est ce que les conseillers de la communauté nous disent. 

Anne-Marie: Il y a présentement la construction d’un barrage proche de votre communauté?

Jean-Baptiste: Non ce n’est pas un barrage, c’est supposément des éoliennes. Je ne suis pas sure comment ils s’y prennent à les construire. 

Anne-Marie: Vous ne les avez jamais vues?

Jean-Baptiste: Non, on en entends parler seulement.

Anne-Marie: À quoi serviront-ils?

Jean-Baptiste: Pour la lumière artificielle.

Anne-Marie: Y compris l’électricité?

Jean-Baptiste: C’est avec ça que nous aurons de l’électricité.

Anne-Marie: À la Romaine?

Jean-Baptiste: Pas très loin de la Romaine.

Anne-Marie: Auras-tu à payer ton électricité quand même?

Jean-Baptiste: Bien sûr que je vais devoir payer.

Anne-Marie: Même si…

Jean-Baptiste: Oui.

Anne-Marie: En parlant des raquettes…Lors des longues expéditions en raquettes, est- ce que c’est toujours la même personne qui marche devant?

Jean-Baptiste: Oui toujours la même personne. C’est à mi-chemin qu’un arrêt se fait pour la préparation du thé. Après le thé, celui qui était devant prends sa place à l’arrière de la file.

Anne-Marie: Chacun prends son tour c’est ça?

Jean-Baptiste: Oui, chacun prends son tour pour aller devant.

Anne-Marie: Tous les marcheurs ont leurs tours pour marcher devant les autres? Pour quelle raison fait-on cela?

Jean-Baptiste: Afin que celui qui est devant ne se fatigue pas. Il pourra se reposer le soir. Si des traces sont aperçus, la personne à l’arrière ira à l’avant pour suivre ces traces.

Anne-Marie: Même si la personne devant est celui qui aperçoit les traces, il distribue quand même la tâche aux autres?

Jean-Baptiste: Oui, ils alternent.

Anne-Marie: Est-ce que c’est la personne devant qui a l’honneur de tirer?

Jean-Baptiste: Non, tout le monde peut tirer mais chacun leur tour, un animal à la fois.

Anne-Marie: Au printemps lors de la chasse à l’outarde, est-ce qu’on procède de la même façon?

Jean-Baptiste: Ici?

Anne-Marie: Oui à La Romaine.

Jean-Baptiste: Dans le passé nous allions à la pêche très proche d’ici au même endroit pour la chasse à l’outarde. Nous n’y passons pas la nuit, nous retournons à la maison à la fin de la journée. Aujourd’hui l’innu doit aller très loin vers l’ouest pour aller à la pêche, même très loin en forêt. 

Anne-Marie: Sur la mer ?

Jean-Baptiste: On peut pêcher soit sur la mer ou en forêt. 

43:27 Anne-Marie: Vous mangiez déjà l’outarde?

Jean-Baptiste: Oui.

Anne-Marie: La raison pour laquelle je te poses cette question est parce que les gens de Pessamit eux n’en mangeaient pas.

Jean-Baptiste: Il est très délicieux, l’outarde est très bon.

Anne-Marie: En tuez-vous plusieurs?

Jean-Baptiste: Non, il ne faut pas trop en tuer, il faut y faire attention aussi. Deux ou trois suffisent pour se nourrir, il se congèle bien. Dans le passé les congélateurs n’existaient pas et une seule outarde était suffisante. Si quelqu’un en tuait deux, c’était pour l’offrir à une personne n’en ayant pas tué.

Anne-Marie: Des aînés ont raconté qu’ils en tuaient plusieurs en forêt pour en ramener et faisaient sécher pour faire de la viande en poudre.

Jean-Baptiste: Je n’ai jamais entendu parler de faire de la viande en poudre avec de l’outarde.

Anne-Marie: C’est ce que certains aînés racontaient.

Jean-Baptiste: Sûrement les gens de l’autre côté. À Schefferville il y en a plusieurs durant le printemps.

Anne-Marie: C’est seulement l’outarde ou y’a-t-il d’autres gibier que vous chasser?

Jean-Baptiste: La chasse au gibier se fait au printemps. On peut en tuer plusieurs lors de leur arrivée, ensuite on n’en tue pas et n’en mangeons pas pendant qu’ils pondent leurs oeufs car il faut qu’ils élèvent leurs petits.

45:26 Anne-Marie: Est ce que les jeunes participent à cette chasse?

Jean-Baptiste: Oui et ils peuvent en tuer plusieurs à la fois. Ils tuent plusieurs outardes aussi. Ils ne font pas attention et ne les ménagent pas. 

Anne-Marie: Il faudrait leur dire de ne pas trop en tuer?

Jean-Baptiste: Ils sont avertis et ils ne respectent pas. Ils en tuent plusieurs pour ensuite les offrir à leurs amis.

Anne-Marie: Ils chassent plusieurs sortes de gibiers?

Jean-Baptiste: Oui de toutes les sortes. 

Anne-Marie: Est-ce qu’il y a un moment où il cesse la chasse pendant une semaine?

Jean-Baptiste: Non

Anne-Marie: À l’automne par exemple?

Jean-Baptiste: Non plus, c’est à tous les jours et toutes les semaines du matin au soir. 

LE CANOT

Anne-Marie: À la fin de la fabrication d’un canot, à quoi faut-il faire attention lors de la mise à l’eau?

Jean-Baptiste: La mise à l’eau ne se fait jamais un vendredi, elle se fait soit le samedi ou bien le jeudi. Un canot ne se mets pas à l’eau aussitôt fini.

Anne-Marie: Et pour qu’elle raison?

Jean-Baptiste: La mise à l’eau du canot est considéré comme le jour du dimanche.

C’est la première fois que tu en entends parler?

Anne-Marie: Oui

Jean-Baptiste: C’est une vieille tradition.

Anne-Marie: Alors c’est à quelle jour de la semaine doit-on le mettre à l’eau?

Jean-Baptiste: Le jeudi ou le samedi sont les seuls jours de la semaine que tu peux mettre ton canot à l’eau. Par exemple si tu termine la fabrication de ton canot le jeudi, tu ne pourrais pas le mettre à l’eau le jour même, tu devras attendre le jour du samedi. 

Anne-Marie: Et s’il pleut averse?

Jean-Baptiste: Tu pourrais quand même le mettre à l’eau. La raison pour laquelle on ne le mets pas à l’eau le vendredi est parce qu’il est considéré comme le jour du dimanche. Ton canot pourrait te jouer des tours, ton canot pourrait chavirer ou tu pourrait avoir un mauvais sort. Tu ne craint rien en le mettant à l’eau le jeudi ou le samedi, et jamais le dimanche. 

Anne-Marie: Est-ce que cette tradition provient des prêtres? Est-ce eux qui vous ont dit ces choses-là?

Jean-Baptiste: Non, c’est une tradition pratiqué depuis longtemps par les aînés. 

Anne-Marie: Lors de la mise à l’eau de ton canot, dois-tu être seul ou est-ce que tes amis viennent avec toi?

Jean-Baptiste: Moi seul peut le mettre à l’eau pendant que les autres me regardent. 

Je fais un petit tour et je reviens vers le rivage. 

Anne-Marie: Raconte-moi une histoire par rapport à vos excursions en canot pour aller à la chasse en forêt.

Jean-Baptiste: Une fois que le canot ai été mis à l’eau en respectant les jours, on pouvait par la suite l’utiliser en tout temps à n’importe quel jour de la semaine. C’est seulement la première journée qui est importante. Le canot est très utile et tu n’aura pas à craindre de chavirer.

50:18 Anne-Marie: Tu as déjà de l’expérience à diriger ton canot, connaitre les endroits rocheux afin que le canot ne touche pas le fond?

Jean-Baptiste: Il faut toujours surveiller à ne pas toucher le fond et briser le canot. Il faut prendre son temps en partant.

Anne-Marie: Les jeunes de nos jours savent-ils quoi faire avec un canot?

Jean-Baptiste: Je n’en ai aucune idée. Ils ne savent pas se placer dans le canot. Savoir se placer empêche le canot de chavirer. 

Anne-Marie: Ils ne sont pas capable de rester assis très longtemps non-plus.

Jean-Baptiste: Oui justement, ils se fatiguent vite et ont des douleurs aux genoux.

Anne-Marie: C’est ce qui rend plus dangereux pour chavirer le canot!

Jean-Baptiste: C’est très dangereux lorsqu’on se place à genoux dans un canot.

On ne peut ramer lorsque quelqu’un est placé à genou, il faut attendre que la personne s’assise.

Anne-Marie: Comment pourrait-on leur enseigner de la sécurité dans un canot.

Jean-Baptiste: Il faudrait qu’il s’assoient comme il faut et de ne pas porter des souliers. Il faudrait qu’ils portent des mocassins.

Anne-Marie: Ton histoire d’excursion en canot en forêt.

Jean-Baptiste: C’est dur à raconter.

Anne-Marie: Ce n’est pas grave, penses au jeunes.

Jean-Baptiste: Lorsque je pars seul en forêt en canot, je le rempli. J’embarque une douzaine de sacs de farine. Les farines sont déjà préparés. Les autres ne remplissent pas leurs canots, ils coupent la moitié de leur farine. Il embarquent aussi leurs femmes ainsi que leur provisions. 

Anne-Marie: Tu effectue ton premier voyage en canot pour amener tes provisions ?

Jean-Baptiste: Oui

Anne-Marie: Et tu refais tout seul pour le retour aussi?

Jean-Baptiste: Oui, je refais tout ça seul sans aide le matin pour partir et le soir pour le retour.

Anne-Marie: Tu n’as pas trop de misère à faire tout ça seul?

Jean-Baptiste: Je n’ai aucune misère à travailler seul.

Anne-Marie: Et par la suite tu amènes ta femmes et tes enfants?

Jean-Baptiste: Non, je ne les ai jamais amené avec moi car tout cela ne se faisait plus lorsque je me suis marié. Je n’ai jamais retourné en forêt après mon mariage. Ce que je raconte s’est passé pendant mes années de célibat.

54:31 Anne-Marie: Durant le temps que tu habitais chez tes parents, étiez-vous plusieurs à partir en forêt en canot?

Jean-Baptiste: Oui il y avait plusieurs canots, chacun avait son propre canot. Mon père fabriquait des canots pour chacun de ses enfants. Mes autres frères n’étaient pas mariés sauf celui qui habite ici présentement.

Anne-Marie: Lequel?

Jean-Baptiste: Penashue, lui seul était marié.

Anne-Marie: Vous deviez avoir plusieurs canots!

Jean-Baptiste: Oui plusieurs, il les fabriquait durant l’été. 

Anne-Marie: Est-ce qu’il y avait des moments où vous deviez laisser vos canot en forêt?

Jean-Baptiste: Non, nous ne les laissions jamais nos canots  en forêt. Nous les ramenions toujours dans le village. Nous les transportions sur un traineau en ski-do l’hiver pour s’en servir dans le village l’été.

Anne-Marie: Ça n’aurait pas été grave de les laisser en forêt?

Jean-Baptiste: Non ça n’aurait pas été grave. On aurait attendu l’été pour retourner les chercher.

Anne-Marie:  Le canot est placé sur un support.

Jean-Baptiste: Oui on le place sur le support lorsqu’on le laisse en forêt.

Anne-Marie: Y’avait-il une façon de faire pour le respect des supports à canots?

Jean-Baptiste: S’assurer que rien ne soit brisé.

Anne-Marie: Est-ce que ces support sont fabriqué au même moment?

Jean-Baptiste: Oui ils sont fabriqué aussitôt rendu en forêt ou peut importe l’endroit où on veut laisser le canot. Nous n’utilisons pas de clous ni de cordes pour qu’il tienne, le morceau de bois est seulement piqué sur le sol et des travers sont placés dessus. Il peut tenir vraiment longtemps. Le seul moyen de le faire tomber serait d’enlever les piquets de bois qui le retient.

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