
Un jour l’ours et l’écureuil étaient en dispute. D’après l’écureuil les roches devaient aller au fond de l’eau et le bouleau surnager.
L’ours lui au contraire, sachant que le bouleau servirait d’embarcation à l’homme du futur, voulait envoyer tous les bouleaux au fond de l’eau et faire surnager les rochers.
La discussion s’aigrit. Peu à peu l’écureuil trouve nombre de partisans, de quoi l’ours fâché s’écrie :
Et bien soit. Je suis contrarié sans cesse, alors je vais faire la nuit ; il n’y aura plus de jour.
L’écureuil —Imbécile, mais tu seras toi-même le premier attrapé. Comment feras-tu pour chercher ta vie ?
L’ours —J’irai à tâtons et palpant toutes choses avec mes mains, je connaîtrai quoi manger.
L’écureuil —Tu te perceras les mains dans les buissons.
L’ours —Je puis flairer du nez.
L’écureuil —Tu t’écorcheras le nez.
L’ours —Je me roulerai sur la terre et mon nez sentira
L’écureuil —Tu te crèveras le ventre sur les bouts de troncs.
Alors tous d’applaudir l’écureuil. L’ours se tait. Immédiatement les roches pleuvent sur le lac et plongent jusqu’au fond.
L’ours au comble de la colère: Voyez ce lac devant vous ; quand je serai rendu au bout, vous connaitrez à qui vous avez affaire. Et il s’en va dans les régions déboisées. L’écureuil se lance du côté du bois fort sautant d’arbre en arbre arrive le premier et chante pouille au malheureux ours. Celui-ci crie et jure comme un démon et continue sa marche. Bien des jours s’écoulèrent…
La chaleur n’existait plus. Un brouillard épais qui se transformait en neige enveloppait toute la terre et la neige augmentait toujours. Tous les animaux, seul l’ours manquait, commençaient à geler. Ils allument un grand feu et les voilà tous en rond se réchauffant pieds et mains engourdis par le froid. L’écureuil, lui, couché tout près du feu, était proche de brûler. Déjà il avait le dos roussi. On le pique, mais il est insensible. On le pousse un peu plus loin. Enfin, il se réveille de lui-même, prend la parole et dit :
« J’ai rêvé de l’ours. C’est lui qui a pris la chaleur et la garde. J’ai vu sa demeure, partons. » Et l’écureuil au dos roussi quitte la troupe. On alla loin, bien loin du côté de l’ouest, on quitta ce pays-ci pour entrer dans un autre. On arriva enfin à une place magnifiquement aménagée pour un affut d’été à la chasse au caribou en canot. C’est là que c’était réfugié l’ours. On se concerte « Toi lynx, appelle les caribous et commande leur de venir de suite et toi souris si petite qui sait si bien se fourrer partout à l’insu de tous, va au bord du lac, ronge l’aviron là où commence la palette, qu’il casse au moindre effort. Ainsi fut fait. Le lynx d’appeler les caribous, et la souris de ronger l’aviron de l’ours chasseur. Voici bientôt les caribous traversant à la nage. L’ours les a flairés, va à son canot, le met à l’eau, prend l’aviron et rame droit au gibier. L’aviron résiste. Ah ah ! dis donc vilaine souris, je te casse la tête, tu n’as pas travaillé comme on t’avait dit ; l’aviron ne casse pas. Et la malheureuse a si peur de mourir que ses yeux tout bleus lui sortaient de la tête. L’ours, cependant ramait toujours et approchait des caribous. Il rame à tour de bras. Soudain l’aviron casse, le canot verse et voilà notre gaillard qui se baigne à contrecoeur. Pendant ce temps, chacun avait voulu voir la demeure de l’ennemi. C’était comme une grosse boule énorme et mystérieuse. On n’avait jamais vu chose pareille. Que peut bien être ceci ? Les oursons trahirent le secret. « C’est la chaleur que notre père à ramasser là » Et eux se nourrissaient évidemment de la cendre qui en tombait. Aussitôt on vole la chaleur au malheureux ours qui nage toujours vers la terre.
On l’emporte, on se la transmet de l’un à l’autre et on revient en son pays. L’ours qui de sa demeure suivait toutes les péripéties des voleurs s’écria alors : « Désormais, jusqu’à la fin des temps, la chaleur et le froid se succèderont tour à tour. » Et voilà comment depuis l’hiver alterne toujours avec l’été et c’est merveilleux que l’ours s’endort tout l’hiver sans remuer, ni manger, ni boire et quand il veut sortir de son antre la chaleur revient sur la terre avec le printemps.