BELLEFLEUR JOSEPH

Entrevue Joseph Bellefleur et Evelyne St-Onge, Nutashkuan, 2000

Transcription

JOSEPH BELLEFLEUR : J. B. Evelyne St-Onge : E.S.

    E.S. Avec tes parents, avez-vous toujours été ici à Ekuanitshit, Nutashkuan?

    J.B. Ma famille est origniaire de Uanaman-shipu, mon père s’appelait Pieniss tandis que sa mère était apparemment Pakut-shipu. Puis mon grand-père Tshisheniu-Manek son groupe ou toute sa famille sont venus s’établir ici avec tous ses enfants. Il y avait aussi la famille de Mishta-Akaneshau et Uniam aussi, leurs parents sont de Uanaman-shipu. Tous ces aîné.es sont morts.

    E.S. Qui est celui que tu appelles Mishta-Akaneshau?

    J.B. On raconte que Mishta-Akaneshau est… il était le jeune frère de Feu Mishta-Manak. Il est mort Mishta-Akaneshau, il ètail le père de Tshshkue Pinashue. C’est lui qui a été mon rival, je voulais marier Maniteha (rires). Il n’attend rien pour entendre (rires).

    E.S. Il Est-ce qu’il y a eu toujours des Innus à Nutashkuan?

    J.B. oui. Il y en a toujours eu comme les aîné.es du temps. Ils avaient aussi leur maison et leur marchand qui leur faisait crédit quand ils montaient dans le bois, leur marchand leur construisait leur maisons, les bons chasseurs, à l’étage c’est là que les gens dormaient une maison. Il devait y avoir 5 ou 6 maisons, Ce n,était pas de très bonnes maisons qui étaient construites par leur marchand. C’était la même chose à ekuanitshit, eux aussi avaient des maisons qui étaient construites par leur marchand.

    E.S. Quand vous montiez dans le bois jusqu’où alliez-vous?

    2;11       J.B. On suivait toujours la rivière Nutashkuan, on montait ensemble la rivière alors quand on arrivait à Anitinipieu on faisait un portage d’un lac à un autre jusqu’à Akuaniss où on arrivait à pied sur une autre rivièreé

    E.S. Ça s’appelle Akuaniss?

    J.B. Oui la rivière Akuaniss, c’est une rivière qui est large, c’est là où il y a un pont puis à nouveau on arrivait à pied sur une étendue d’eau, on suivait toujours la rivière Akuaniss, il y a là-bas Kaneuashteti, ce sont des portages, ils sont au nombre de quatre, puis il y a un autre Kaneuashteti il y a deux ou quatre portages à faire là où on parvenait à Akuaniss. C’est là que se trouve Kaneuashteti et non loin de là il y a un endroit qu’on appelle Uemanikan, c’est un long portage

    3;08 on le portage de ce côté-ci de la rivière (gest) ce portage est très à pic. Après celui qu’on Uemanikan…autrefois on ne montait jamais dans le bois dans la région d’Akuaniss, on utilisait surtout Anitinipiu-shipu, on le traversait à pied d’un lac à un autre, c’est la même rivière qu’on contourne à cause des rapides en faisant des portages.

    E.S. Tous les Innus de Nutashkuan montaient dans le bois dans la même direction?

    J.B. Oui, là où se trouve Kapenishkueu-matshiss, c’est une montagne qui ressemble à un derrière de cheval et là où se trouverait sa terre, il y a une rangée d’épinettes blanches. C’est pour ça que ça s’appelle ainsi même le lac porte le même toponyme. Plus loin il y a

    4;22 Kamishakamat et Utshishku ka makuatshet, c’est à cet endroit qu’on fait un portage à un lac calme en haut d’un rapide en amont de la rivière. Et l’autre rivière Mineinipi, c’est une rivière sinueuse, après se trouve Mineinipiss puis après il y a Mineinipi, c’est nous étions parfois mon gendren Pieniss et moi, c’était le territoire de son père Pien Mishtanapeu, lui aussi l’avait comme territoire. Depuis qu’il est mort c’est nous l’occupons.

    E.S. Qui, appeles-tu Mishtanapeu?

    J.B. Pien Mishtanapeu, son fils s’appelait Pieniss, le mari de Maniakat ma fille, il était son mari. C’est nous qui avons occupé ce territoire, on avait un campement là, c,est là qu’on était, il y avait aussi nos pièges, il y en avait beaucoup.

    E.S. Quand es-tu monté dans le bois la dernière fois?

    5.21 J.B. Ça doit faire au 5 ans. Je suis allé avec des jeunes.

    E.S » Tes petits-enfants?

    J.B. Non, avec des jeunes. J’allais parfois avec les Innus de Uanaman-shipu ceux qui sont ici et parfois je vais avec ceux de Nutashkuan, ceux qui ne sont pas mariés. Le soir je leur parlais du bois, je leur racontais des récits, comment ça se passait autre fois, de plus ils ne savaient pas chasser, comment poser les pièges, tout ce qu’il faut savoir quand on est dans le bois. Ils ne savaient même monter une tente. Je leur expliquais comment faire tout en leur montrant la façon de faire. Je leur parlais aussi des portages. Autrefois on ne parlait pas de ça parce qu’on avait peur que le Mishtikuashu le sache

    6;04 qu’ils connaissent les portages, l’innu ne faisait pas de balises à cause de ça. Il savait quoi faire, il ne balisait pas son chemin. Il transportait ses bagages d’un portage à une autre, parfois ils les transportaient en canot en avançant avec des perches jusqu’au prochain portage. Depuis que les arpenteurs (sont passés0 tout le monde sait par où passer, ou aller et comment s’y rendre. Tout le monde pourrait savoir comment circuler. Tout est écrit, l’emplacement des rivières, des lacs, tout le monde peut le savoir et y circuler même si on n’y est jamais allé. C’est comme ça maintenant.

    E.S.  Est-ce qu’il y a beaucoup de portages à faire quand tu veux aller sur ton territoire?

    6;56 J.B. Oui, il y en a plusieurs mais aujourd’hui on se rend en avion. Maintenant on va en avion, ce n’est pas comme autrefois. Avant on utilisait la rivière Akuaniss puis on se dirigeait vers le large. On était vraiment plusieurs, tout un groupe quand on montait dans le bois. On se suivait en canot avec des voiles pour se rendre de l’autre bord. Il y avait les femmes…on amenait d’bord la fairine à Nikatshuan, on l’entreposait et on revenait, nous les hommes. Puis le lendemain on repartait tous en canot avec tous les enfants et les chiens qui étaient très nombreux. Puis on descendait à un autre endroit qui s’appelle Ashini ka pimutenan, là où il y a la pourvoirie, on portageait sur une île c’est pour ça que ça s’appelle ainsi. Mon père raconté

    7;52 une fois qu’il était monté dans le bois, c’est là qu’il a débarqué. Il n’y avait personne qui avait monté dans le bois encore a-il-dit, il n’y avait que moi. Le soir venu il a débarque, puis il a monté sa tente. Non loin de là il y a comme une baie, c’est là qu’il a tué 6 outardes a-t-il dit, c’était de grosses outardes. Autrefois on montait dans le bois assez tôt. J’étais très content d’en avoir tué a-t-il dit, je vais manger de la viande de bois, a-t-il dit.

    E.S. Qui était les premiers arrivés quand on descendait à la côte, ici. Je parle des Anciens?

    8;52 J.B. Je ne sais pas du tout, c’est les aîné.es qui devaient le savoir. Je les ai entendu raconter parfois. On dit qu’autrefois de l’autre côté d’ici il y avait un magasin dit-on, un magasin de la Baie d’Hudson. Je l’ai entendu raconter parfois. Ils doivent dire vrai puisqu’il y avait là un cimetière, il y a des crânes humains à cause du sable qui a été balayé par le vent. Il y a beaucoup de crânes à cet endroit, il y avait un cimetière, c’étaient des gens qui étaient morts depuis un certain temps. C’est ce qui a été raconté. C’était à cet endroit qu’on attendait avant de partir pour Mashkuanu. C’étaient les Blancs qui amenaient les Innus à cet endroit. Eux avaient des bateaux qui avançaient à la voile. Ils montaient dans le bois aussi

    10;02 à l’endroit appelé Manatinipi puis on rejoignait la rivière Masquaro quand on allait à la mission.

    E.S. Masquro se trouvej près d’ici?

    J.B. Oui, on se rend en canot d’abord sur la Nutashtakuaniu-shipu puis on fait un portage qui s’appelle Masseku-pakatakan puis il y a Tshekashkau-shipu pui on revient à l’endroit qu’on appelle Peshitshikapu-nipi(?), c’est un grand lac et c’est là tout droit qu’on passe quand la rivière s’est libérée de ses glaces et c’est là qu’on se trouve à Mashkuaniu-shipu et c’est alors qu’on arrive au bord de l’eau (rive). C’est là que se trouvait la mission. C’est en juin qu’on était là-bas.

     J.B. Je suis allé souvent autrefois, je suis allé souvent en portageant.

    E.S. Tu y allais déjà quand tu étais jeune?

    10 :54 Oui, quand j’étais jeune.

    E.S. Qu’est-ce que vous alliez chercher là?

    J.B.  Moi je suis allé chercher une femme.

    E.S. Est-ce là-bas que tu l’as trouvée?

    J.B. Non, on m’en a donné une à Ekuanitshit, je me suis marié à Ekuanitshit. C’est le père de Pien Shakani qui s’appelait Shakani, j’ai marié sa fille. Elle avait déjà été marié, elle avait dû être marier un an, on pourrait dire qu’elle m’est tombée dessus (rires), je devais être sans doute à la recherche d’une jeune femme.

    E.S. Elle était veuve?

    j.B. Oui, elle était veuve mais elle n’avait pas d’enfant puis après c’était moi (mari).

    E.S. Qu’est-ce que tu es allé chercher à Ekuanitshit?

    J.B. On est allé des femmes. Puis Penuen le vieux, celle qui est là Shanipiap(?)

    11;58 on s’est marié en même temps et il y a aussi à Ekuanitshit un Innu de Nutashkuan qui s’appelle Penitenami, il doit toujours être vivant, on s’est marié en même temps aussi. On était 3 couples à se marier puis ces femmes de Ekuanitshit on les a amenés ici. Puis on est monté dans le bois.

    E.S. Quand tu es parti à Ekuanitshit est-ce que tu pensais te marier?

    J.B. Je ne savais pas, je n’avais jamais vu cette femme que j’allais marier. C’est les aîné.es qui faisaient les arrangements, c’était ainsi. Aujourd’hui quand on veut se marier, on reste d’abord en concubinage, on la met enceinte et après on se marie. Il y en a qui restent ensemble puis ils se quittent, ils ne se marient pas, c’est trompé les femmes.

    12;55E.S. Donc tu as amené cette femme dans le bois?

    J.B. Oui, on les a montées dans le bois. On était avec Penitenami et son père qui s’appelait Kashkanatshu. Il y avait mon père et ma mère qui s’appelait Enenish et il y avait aussi Tuminik qui était à Uanaman-shipu, il n’était pas marié encore.

    E.S. Est-ce, qu’il y avait déjà des agents du gouvernement, est-ce qu’il y avait déjà la réserve?

    J.B. Non, il n’y avait rien. Il y avait des agents du gouvernement qui passaient et prenaient note de ce qu’on donnait aux Innus quand ils montaient dans le bois comme une tente, de la toile, de la farine, on donnait aussi des peaux de phoque pour faire des bottes, c’est les femmes qui s’occupaient de ces peaux, elles les étiraient sur des cadres puis les séchaient

    13è55 après avoir tout fait ça, on les taillait pour faire des bottes, on mettait tout ça dans une sorte de contenant pour les préserver. On mettait dedans tout ce dont on avait de besoin. On montait très peu de choses autrefois quand on montait dans le bois. On amenait un peu de farine, de la graisse, du sel, du thé, c’est tout ce dont on amenait quand on montait dans le bois. Aujourd’hui une pesonne va partir dans le bois un jour ou deux, il va amener beaucoup de choses. Il amène son matelas, autrefois il n’y avait jamais ça, jamais, on utilisait le sapinage.

    E.S. Est-ce qu’on faisait beaucoup usage de la peau de caribou?

    14;43 Oui, on en faisait usage et les peaux de castor aussi et la peau de phoque quand on vivait dans l’intérieur des terres.

    E.S. Depuis quand il y a des maisons ici?

    J.B. Les premiers qui ont eu des maisons c’est les Innus de Maliotenam, quand il y a eu le pensionnat, quand les enfants sont allés à l’école et c’est dans ce temps-là que je suis devenu quand ils partaient. 

    E.S. C’est à toi qu’on a demandé d’amener les enfants par bateau pour qu’ils aillent à l’école?

    J.B. Oui. On m’a demandé de les amener pour qu’ils aillent à l’école et ils ont dit de plus ils ne vont pas vous déranger, vous, vous monterez dans le bois nous a-t-on dit, vous ne gardera pas vos enfants nous a-t-on dit

    15;59 j’ai aussi connu Paul Rock, on était chef en même temps, lui aussi amenait les enfants là-bas. Il en amenait beaucoup de Pessamit. Je n’étais pas payé pour faire ça. J’avais des enfants là-bas, il y avait Aten, Nishapet et Pun. Ils allaient tous à l’école là-bas,

    E.S. Qui était les Blancs qui étaient ici autrefois?Il y avait un marchand, un prêtre?

    J.B. Il n’y avait pas beaucoup de marchands autrefois, il y a eu ce marchand là où il y a le magasin, ce magasin n’est pas là depuis longtemps. Ce marchand avait une scierie autrefois. Il y avait un magasin à Natakam (Natashquan), le marchand s’appelait Tshisheniu-Alfred, Tshishkue-ashtikushu, c’est comme ça que les Innus l’appelaient. Il y avait un autre magasin à la pointe

    17;26 le marchand s’appelait Shaukass, c’est là qu’on faisait crédit aux Innus. C’est là qu’ils allaient faire crédit avant de monter dans le bois. C’est lui qui faisait crédit aux Innus et Tshisheniu-Alfred aussi. On dit que ce magasin existe depuis 100 ans, celui de Tshisheniu-Alfred aussi. Puis Minia qui a été propriétaire, c’était son grand-père, c’est lui qui avait dû le garder. Il ne reste que Minia, tous les autres enfants sont morts.

    E.S. Selon toi, qu’est-ce que les Blancs sont venus chercher ici à Natashquan?

    J.B. Je ne sais pas, je ne les ai pas connus. Ils ont dû chercher un endroit où il serait bon de s’installer. Ils devaient chercher un endroit où rester. Ils arrivaient des Iles de la Madeleine

    18;38 On raconte qu’ils sont originaires de là et ceux de Natashquan aussi.

    E.S. Est-ce qu’ils devaient chasser eux aussi?

    J.B. Non, autrefois peut-être qu’ils chassaient parce que c’était leur survie. Ils piégeaient le renard, il y en a qui travaillaient, ils ne gagnaient pas beaucoup un 3,00$ ou 4,00$.

    E.S. Autrefois est-ce que les Innus et les Blancs se tenaient ensemble?

    J.B. Les Blancs étaient entre eux et les Innus étaient entre eux. Tous les Innus vivaient sous la tente, avant on utilisait que la tente, c’était la même chose quand on montait dans le bois, on restait toute l’année sous la tente même au printemps quand on descendait à la côte parfois, on restait sous la tente. Il n’y avait rien d’autre ici. Il n’y avait que des vieilles maisons, les maisons des aîné.es. Il y avait un aîné

    19;39 qui s’appelait Panapess, un autre qui s’appelait Pien Uapishtan et un autre feu Uapishtaniss et un autres qui s’appelait Mishtanapess. Ils avaient des maisons, c’est leur marchand qui avait dû leur donner. Le gouvernement ne donnait pas de maisons.

    E.S. Quand tu étais chef est-ce qu’il y avait des maisons?

    J.B. Non, il n’y en avait pas encore. Ça a pris du temps. Après c’est mon oncle Shinapesht Penashpaneu qui a été chef c’est alors qu’on a construit des maisons. On avait d’abord arpenté ici, on en a construit seulement quatre maisons.

    E.S. Là où se trouve la réserve aujourd’hui?

    J.B. Oui, il y avait là un bâtiment qui nous servait de maison de prières, il y avait aussi une tente qu’on avait amené pour

    20;32 enseigner aux enfants.

    E.S. Qu’est-ce qu’on leur enseignait?

    J.B. Je ne sais pas sans doute la même chose qu,on enseigne maintenant.

    E.S. Est-ce qu’il y avait des prêtres?

    J.B. Oui, il y avait le Père Fortin, il y en a eu d’autres Père Loiselle, les prêtres se remplaçaient.

    E.S. As-tu été chef longtemps?

    J.B. J’ai été chef pendant 6 années de temps. J’ai un document écrit les années que j’étais chef.

    E.S. Que penses-tu des Blancs quand tu étais chef?

    J.B. Il ne se passait rien avec eux et je n’étais pas payé pour être chef. Je faisais quand mon travail de chef. Maintenant les chefs sont très bien payés même quand ils se déplacent, leurs dépenses sont payées

    21;36 Moi quand j’amenais les enfants au pensionnat c’est à peine si on payait mon passage, on ne me payait pas pour m’occuper des enfants.

    E.S. Est-ce qu’il y en avait qui ne voulaient pas y aller?

    J.B. Oui, il y avait des parents qui ne voulaient qu’on amène leurs enfants.

    E.S. Ils les amenaient avec eux dans le bois?

    J,B, Ils les amenaient avec eux dans le bois, ils n’allaient pas à l’école .

    E.S. Comment vois-tu ça depuis que le Blanc vit proche de nous?

    J.B. Je ne sais pas quoi penser. Ces jeunes qui vont à l’école, ils vont en faire bon usage, ils pourront avoir des emplois. Nous, ce qu’on nous a enseigner on n’a pas pu l’utiliser pour avoir de bons emplois

    22;33 Moi, par exemple je travaillais autrefois, j’ai toujours travaillé. Quand on a construit le chemin de fer à Uashat, j’ai travaillé là déjà à sa construction, parfois je travaillais à même le chemin de fer. Un fois par exemple, il y a un endroit qui s’appelle Kauepatakau(?) j’y ai travaillais jusqu’à Mineku..

    E.S. Tu as travaillé à la construction du chemin de fer?

    J.B. Oui, j’y ai travaillé pour sa construction du chemin de fer. J’ai toujours travaillé de façon partielle. Parfois je travaillais 3 moi ou 4 mois, J’ai travaillé aussi à Uashat au déchargement quand le travail a commencé.

    E.S. Tu as quitté tes enfants?

    J.B. Ils n’étaient pas avec moi, ils avaient déjà commencé l’école, ma femme non plus n’était pas là, elle est restée 4 ans à Mont Joli, elle était malade, je ne faisais que lui envoyer

    23;44 de l’Argent

    j.B. Oui, il y avait plusieurs personnes qui la connaissaient comme des femmes de Pessamit ou Uashat. Il y a eu beaucoup d’Innus qui ont été amenés là-bas.

    E.S. Est-ce qu’il t’arrivait de rencontrer des Innus Ekuanitshit ou de Uashat quand tu étais dans l’intérieur des terres?

    J.B. Oui, ça arrivait qu’on en rencontre comme des Innus de Uanaman-shipu, par exemple l’endroit qu’on appelle Uauatshishteshu, c’est un grand lac et c’est à Natuakameu-shipu que ce lac se déverse, c’est là qu’on les avait rencontrés une fois

    24;16 ils étaient plusieurs, ils étaient là avec toute leur famille. L’un d’eux s’appelait Uniamiss, il y avait aussi Shaniss et il y avait Shimun, c’est le seul aîné qui est encore vivant. Tous les autres sont morts déjà. Du moins ceux que j’ai connu de leur vivant, aujourd’hui, ils sont tous morts (passage inaudible marmone), ils n’avaient rien, nous non plus. On buvait que du thé quand on voulait manger. Eux, ils avaient laissé leur farine très loin, l’endroit s’appelait Peshikamishkau, c’est à cet endroit qu’ils avaient laissé leur farine. Puis ils sont partis en direction de la côte et c’est dans cette direction qu’ils avaient faire leur chasse d’automne

    25;11 c’est là qu’ils avaient dû chasser, c’est très loin. Quand on les avait vu il y avait déjà une couche de neige, Il y avait beaucoup de pistes de martres, ils ont beaucoup regretté de devoir partir pour chasser ailleurs. Ils auraient aimé chasser ici. Nous, on faisait notre chasse d’automne plus par ici.

    E.S. Et les Innus de Uashat?

    J.B. Les Innus de Uashat on n’en voyait jamais mais on savait qu’ils étaient autour, c’est surtout les Innus de Ekuanitshit comme Pien Petashu, celui qu’on appelle Pitin, c’est lui qu’on avait rencontré à l’endroit appelé (inaudible) c’est là que nous les avions vus

    26;37E.S. Dans le temps de la mission à Masquaro, est-ce que les Innus de Nutashkuan y allaient? Qu’est-ce que vous alliez faire là-bas?

    J.B. À Mashkuanu on y allait pour la prièree, on allait se confesser. Autrefois l’Innu ne se confessait jamais pendant toute l’année, ce n’est que cette fois-là qu’il voyait le prêtre. 

    E.S. Quel mois y alliez-vous?

    J.B. Au mois de juin comme ces temps-ci, on devait être encore là-bas à Mashkuanu. Les Innus de Uanaman-shipu et les Innus de Pakut-shipu étaient là-bas aussi. C’est les Innus de Pakuat-shipu qui étaient les plus éloignés qui se rendaient à cette mission. Ils amenaient de l’essence à bateau en provision avec eux, 

    27;27 quand ils partaient de Pakut-shipit. Par exemple Uniam , on raconte qu’il faisait de bonnes chasses, on l’appelait Uniam Pukue, on raconte qu’il avait 2 bateaux, il amenait de l’essence pour ses bateaux quand ils partaient pour la mission. Ils venaient pour se confesser, ils venaient pour la prière, une fois qu’ils s’étaient confessés et priés ils s’en retournaient et ils montaient dans le bois.

    E.S. Est-ce qu’il y avait des mariages aussi?

    J.B. Oui, il y avait des baptêmes aussi, j’ai assisté à des baptêmes et à des mariages aussi.

    E.s. Les Innus se rencontraient là-bas? 

    28;50 J.B. Oui, ils s’en allaient se confesser. Ils montaient d’abord leur campement puis ils allaient à la confession. Tout le monde restait sous la tente. Le prêtre nous disait qu’il restait à la mission de 2 à 3 semaines. Ils nous demandaient de nous confesser rapidement.

    E.S. Il y a une église?

    J.B. Il n’y en avait pas autrefois…ça ne fait pas longtemps qu’il y a une église. C’est les Innus de Uashat qui l’ont construite. Ils allaient en traîneau à chien quand ils sont allés construire l’église.

    E.S. Autrefois la prière devait se passer dehors?

    J.B. Oui, autrefois c’était dehors. Il y avait une tente là où on priait, il n’y avait pas de chaises. C’est là que le prêtre disait sa messe. Les Innus ont dû insister qu’il y ait une église

    29;53 Puis ça a été construit. On ne trouvait personne qui aurait pu la construire c’est pourquoi on a fait appel aux Innus de Uashat pour la construire, c’est eux qui savaient comment faire, elle ressemblait à celui de Uashat (vieille réserve), celle qui est à Mashkuanu était semblable. Il y avait même des bancs. Tout avait été amené là-bas par bateau. Autrefois il n’y avait rien, même le courrier était livré par des traîneaux à chien. J’ai été temoin de ça et il n’y avait pas de téléphone non plus. Il y avait des lampes à l’huile, les Innus s’éclairaient à la chandelle. C’était comme ça autrefois, il n’y avait rien.

    E,S, À Masquaro, on devait festoyer et danser?

    30;59 J.B. Je ne me souviens pas qu’on ait eu ce genre de choses après les mariages comparativement à aujourd’hui on fête les noces, on ne faisait jamais ça autrefois. J’ai vu bien des mariages là-bas, l’endroit où on communie était plein de couple qui allaient se marier. Il n’y avait pas non plus de témoin. L’homme qui allait se marier était en retard et c’est la femme qui allait le rejoindre. Après les mariages chacun s’en retournaient là où ils devaient être.

    E.S. Qu’est-ce que tu as mangé à tes noces?

    J.B. Qu’aurais-je pu manger, par exemple à Ekuanitshit on mangeait normalement, quand je me suis marié je ne possédais rien, je devais avoir qu’un 5$ quand je me suis marié, je me suis marié quand même

    32;13 aujourd’hui quand on se marie les époux dépensent de 2,000 à 3,000$ Pour leur mariage, pour le même résultat que moi.

    E.S. Est-ce qu’on jouait du tambour?

    J.B. Oui, il y avait de la danse à Ekuanitshit, on dansait au son du tambour.

    E.S. J’aimerais que tu me parles du tambour. Je vais le sortir, il est beau

    J.B. Oui, c’est un beau tambour

    .E.S. Est-ce que tu as déjà fabriqué un tambour?

    J.B. Non, je n’en ai jamais fabriqué cependant on en a fabriqué pour moi, J’ai connu plusieurs aînés qui fabriquaient des tambours. Ils étaient plus grands et ils sonnaient forts. Quand un aîné était loin on le lui amenait et on l’accrochait pour lui, Les aînés jouaient chacun leur tour.

    33;27 et c’est comme ça, les aînés jouaient leur tambour chacun leur tour, on déplaçait le tambour pour l’accrocher à celui qui allait jour et chanter le tambour. Autrefois les aînés chantaient au tambour.

    E.S. Est-ce que ça durait longtemps?

    J.B. Oui, ils chantaient longtemps au tambour.

    E.S. Est-ce que tout le monde peut utiliser le tambour?

    J.B. Non pas tellement. Ce n’est qu’après l’avoir rêvé. Les aînés avertissaient qu’on ne pouvait jouer du tambour pour rien. On ne peut pas en jouer tout le temps, il y avait des aînés qui pouvaient en jouer.

    E.s. Il est très respecté?

    J.B. oui, on le respecte beaucoup. On raconte qu’on pouvait en fabriquer en jouet pour les enfants

    34;17 mais ils ne pouvaient pas prendre le tambour d’un aîné mais il pouvait utiliser celui qu’on avait fait en jouet. L’enfant ne pouvait pas jouer le tambour d’un aîné,

    E.S. Quel a été ton rêve pour le tambour?

    J.B. Je rêvais que me semblait l’entendre chanter, qu’un aîné était en train d’en jouer, il me semblait comprendre ce qu’il chantait. Il m’arrive parfois quand je rêve, je vois des choses et je me dis dans mon rêve que ce sera ainsi que mon chant sera. C’est comme ça que je peux connaître mon chant, c’est mon rêve qui me dicte à quoi ressemblera mon chant. Autrefois quand je chassais encore, je ne savais pas grand-chose, mon rêve me poussait comme s’il fallait

    35;26 que j’aille là où j’étais attiré et c’est comme ça je trouve quelque chose à chasser. Tous les Innus chasseur, c’est comme ça.

    E.S. Est-ce qu’on amenait le tambour dans le bois?

    J.B. Oui, on l’amenait toujours avec nous. C’est les aînés qui en avaient soin parfois les vieilles quand on se déplaçait en traîneau c’est elles qui le portaient à leur dos. Les vieilles qui ne tiraient pas du traîneau c’est elle qui le portait à leur dos, on avait peur qu’il se brise. On avait vraiment un grand respect pour le tambour.

    36;19 Quand on voyait des traces de caribous l’aîné disait, c’est mon caribou enceinte, il chantait le tambour pour elle, c’est ce qu’on disait. Alors l’aîné demandait qu’on prépare son tambour et il chantait au tambour et s’il y avait un autre aîné dans le groupe lui aussi chantait. Ils chantaient et jouaient pour qu’on puisse tuer du caribou. Autrefois celui qui avait vu les traces du caribou s’il ne parlait pas de sa vision alors ça ne se réalisait pas. Il disait avoir froid aux pieds de rester là où se trouvaient les traces.

    37;19 celui qui avait vu les traces de caribou dans sa vision, si ça ne disait pas long alors ça ne se réalisait pas parce que le maître du caribou Papakassiku lui faisait dire qu’il avait froid aux pieds, pour rester plus longtemps. Alors les aînés se précipitaient dehors en lui demandant de les nourrir, ils lui demandaient de revenir sur ses pas. Celui qui était accompagné (esprit du caribou) quand il arrivait à l’endroit des traces les caribous étaient là et ça les rendait heureux. C’est Papakassiku qui demandait aux caribous de les nourrir dit-on. C’est ainsi que les aînés racontaient autrefois quand ils chassaient encore. L’Innu quand il voit des traces d’animaux alors il chante au tambour et il chante au tambour pour qu’il en tue. Son tambour lui disait aussi s’ils allaient en tuer. Les aînés ne le disaient pas comme ça mais ils savaient qu’on allait avoir de la nourriture.

    E.S. Il y a un jeune homme qui aurait été en couple avec un caribou, est-ce que c’est un atanukan?

    J.B. Oui c’est un atanukan

    E.S. Tu avais quel âge quand tu l’as rêvé?

    J.B. J’avais 70 ans. Aujourd’hui j’ai 80 ans.

    E.S. Pourquoi crois-tu que ce soit à cet âge que tu l’as rêvé?

    39;12 J.B. Je ne m’en sentais pas capable de jouer du tambour, je pensais que je n’étais pas assez vieux, je me disais que je ne pouvais pas en jouer, je me disais qu’il y avait des aînés plus vieux que moi et qu’ils avaient plus le droit que moi d’en jouer. J’attendais qu’eux jouent du tambour alors que moi, j’étais intimidé par le tambour, je ne m’en sentais pas capable de le prendre. Aujourd’hui je peux en jouer et je vais en jouer toute ma vie. 39;47

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